Un appel international contre les dangers des pollutions chimiques 



De nombreuses personnalités cherchent à faire prendre conscience, dans une déclaration présentée vendredi 7 mai à l'Unesco, des risques que font courir à l'"espèce humaine" les produits qui polluent l'air, l'eau ou l'alimentation. "La situation sanitaire se dégrade partout dans le monde".
"L'espèce humaine est en danger !" Le cri d'alarme est lancé par des scientifiques aussi prestigieux que Jean Bernard, Jean-Pierre Changeux, Jean Dausset, François Jacob ou Luc Montagnier, dans un "appel de Paris" publié vendredi 7 mai. Se présentant comme une "Déclaration internationale sur les dangers de la pollution chimique" et présenté à l'occasion d'un grand colloque à l'Unesco, l'appel de Paris prononce en termes solennels une condamnation de la pollution chimique.  Signé par de nombreux autres scientifiques réputés, le texte a aussi recueilli l'adhésion de personnalités environnementales (Yann Arthus-Bertrand, Edward Goldsmith, Jean-Marie Pelt) et intellectuelles (Jacques Attali, Pierre Boulez, Jean-Claude Guillebaud, Edgar Morin, Jean-Pierre Vernant).


"INCIDENCE DES CANCERS"

S'appuyant sur de nombreux traités et déclarations internationales affirmant la nécessité d'appliquer le principe de précaution pour préserver les générations futures, l'appel résume l'ensemble des observations qui nourrissent une inquiétude très nouvelle sur la santé de "l'espèce humaine" : "La situation sanitaire se dégrade partout dans le monde" ; "l'incidence globale des cancers augmente partout dans le monde"; "aujourd'hui en Europe, 15 % des couples sont stériles" ; "un enfant sur sept est asthmatique, très probablement en raison de la pollution des villes et des habitations". De nombreux indices lient ces évolutions à la profusion des produits chimiques répandus dans l'environnement.


"L'homme est exposé aujourd'hui à une pollution chimique diffuse occasionnée par de multiples substances ou produits chimiques", alors que "certaines de ces substances ou produits s'accumulent dans les organismes vivants, y compris dans le corps humain" et qu'ils "sont des perturbateurs hormonaux, qu'ils peuvent être cancérigènes, mutagènes -qui provoque des mutations dans le génome- ou reprotoxiques -qui dégrade les fonctions de reproduction-". Mais du fait de la combinaison de ces produits, "il est devenu extrêmement difficile d'établir au plan épidémiologique la preuve absolue d'un lien direct entre l'exposition à l'une et/ou l'autre de ces substances ou produits et le développement des maladies".


Sur ces bases, les signataires déclarent que "le développement de nombreuses maladies actuelles est consécutif à la dégradation de l'environnement" et que "la pollution chimique constitue une menace grave pour l'enfant et pour la survie de l'homme". Demandant l'application du principe de précaution, l'appel demande l'interdiction des produits chimiques dont le caractère cancérogène, mutagène ou reprotoxique est certain ou probable chez l'homme, des normes plus rigoureuses pour les produits chimiques et la suppression de nombre d'entre eux, à l'exemple de pays comme la Norvège, le Danemark et la Suède.


Le "Rapport de la commission d'orientation du plan national santé environnement", rendu le 12 février, dresse un inventaire impressionnant des conséquences sanitaires de la pollution (Le Monde du 14 février). Les 21 experts ont passé en revue la dégradation de l'eau et de l'air, les dommages causés aux sols, le bruit, les nuisances agricoles ou industrielles, la contamination des aliments, les dangers chimiques ou radioactifs, en recensant les données établies, celles qui sont hypothétiques et les zones d'ombre. Ils soulignent notamment l'augmentation des cancers "qui ont crû de 35 % en vingt ans à âge égal".


De même, le double rapport de l'Agence française de sécurité sanitaire environnementale (Afsse), qui vient d'être rendu public (Le Monde du 7 mai), souligne l'importance de la pollution atmosphérique : les particules fines des émissions automobiles ont été responsables de 6 000 à 9 500 morts en 2002. D'autres études avaient déjà attesté les effets néfastes de la pollution de l'air. Une étude conduite en 2002 par l'Institut de veille sanitaire dans neuf grandes villes françaises avait conclu que cette pollution, surtout automobile, précipitait 2 800 décès par an (Le Monde du 26 juin 2002).


Paul Benkimoun et Hervé Kempf
 LeMonde


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