Mondialisation des semences

Monsanto, le géant de la chimie qui a offert au monde des poisons tels que l’agent orange et le DDT, possède un business plan très perfectionné. Première étape: développer des pesticides et des semences génétiquement modifiées pour leur résister, les breveter, interdire aux agriculteurs de les replanter d’une année sur l’autre et traîner en justice ceux qui bravent l’interdiction. Seconde étape: dépenser des millions de dollars en lobbying politique, financer des campagnes électorales, placer d’anciens gros bonnets de Monsanto à des postes de la haute fonction publique et, grâce à eux, assouplir les réglementations pour distribuer les produits Monsanto sur tous les marchés.

Tant que la législation américaine autorisera les grandes sociétés à flamber des sommes infinies pour influencer les décisions politiques, celles-ci pourront s’offrir toutes les lois qu’elles souhaitent. L’an dernier, Monsanto et d’autres géants des biotechnologies ont dépensé la somme monstre de 45 millions de dollars pour enterrer une loi prévoyant de labelliser les produits génétiquement modifiés en Californie, et ce malgré le fait que 82 % des Américains souhaitent savoir s’ils achètent des OGM. Et ce mois-ci, l’entreprise a imposé le «Monsanto Protection Act», une loi qui empêche les tribunaux de prononcer une interdiction de culture, même s’ils sont soutenus par le gouvernement. Le pouvoir de Monsanto aux États-Unis représente un tremplin pour sa domination sur le monde.

Monsanto constitue le moteur de l’industrialisation galopante de l’agriculture. Il piétine les petits exploitants au moment même où les vastes fermes en monoculture épuisent les sols, diminuent la diversité génétique et créent une dépendance aux engrais, pesticides et autres produits chimiques. Ironie du sort, nous ne savons même pas si la destruction d’une agriculture naturelle et durable a permis une augmentation des rendements alimentaires. Une seule chose est sûre: les grandes entreprises d’agrochimie ont prospéré.

Le quasi-monopole de Monsanto est sidérant: l’entreprise possède aujourd’hui les brevets de 96% des semences génétiquement modifiées plantées aux États-Unis. Et malgré les sérieuses inquiétudes en matière de santé publique et de sécurité environnementale, ces mêmes brevets interdisent aux scientifiques et agriculteurs de tester les semences!

Monsanto affirme que ses produits restent les moins chers, mais les agriculteurs se retrouvent souvent à signer des contrats de plusieurs années; par la suite, le prix des semences, qu’ils doivent racheter chaque saison, augmente et ils doivent utiliser plus d’herbicides pour se protéger des mauvaises herbes devenues ultrarésistantes. En Inde, la situation est si grave qu’une zone de culture du coton a même gagné le triste surnom de « région du suicide »; là-bas, des dizaines de milliers de fermiers pauvres se sont suicidés pour échapper à leurs dettes...

Alice, Oli, Joseph, Ricken, Pascal, Chris, Michelle, Emily et toute l’équipe d’Avaaz

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