Présenté aux Nations Unies en 1987, le rapport Brundtland constitue l’acte de naissance d’un concept désormais célèbre : le développement durable. Les générations actuelles devraient satisfaire leurs besoins sans compromettre l’aptitude des générations futures à satisfaire les leurs.
D’ici 25 ans la mer d’Aral risque de disparaître, laissant place au plus grand dés
ert du monde.

Au-delà d’une simple théorie utopiste, le développement durable constitue donc un véritable enjeu dont dépend directement l’avenir de la planète. L’eau est l’exemple même d’une ressource renouvelable menacée à terme d’épuisement. La situation est particulièrement inquiétante dans les pays en voie de développement où la pression démographique entraîne une augmentation considérable de la consommation en eau. En Chine, le niveau des nappes phréatiques diminue de un à deux mètres par an dans les zones urbaines les plus peuplées. Nous observons par ailleurs un phénomène similaire à Mexico où le rythme de prélèvement dépasse largement le seuil de renouvellement.


 Mais le cas le plus spectaculaire est de toute évidence celui de la mer d’Aral : située en Asie centrale, cette mer se meurt depuis plusieurs décennies. Aujourd’hui il ne reste plus qu’un lac desséché au cœur d’un désert. Comment expliquer un tel désastre écologique ?

Depuis le XIXème siècle, une agriculture peu rentable est pratiquée dans cette région, nécessitant un vaste système d’irrigation. A partir des années soixante les économistes de l’ancienne Union Soviétique décident de multiplier par quatre les surfaces cultivées. Les deux principaux fleuves alimentant la mer d’Aral (l’Amou-Daria et le Syr-Daria) sont alors détournés de manière à pourvoir à la forte consommation d’eau. En seulement trente ans la surface de l’Aral a donc considérablement diminué, dégageant de vastes étendues de terres salines. 


Sous l’effet du vent le sel s’est peu à peu déposé sur les terres cultivées et les pâturages environnant, provoquant d’irréversibles dommages écologiques et sanitaires : le sel stérilise les sols tandis que les pâturages saturés d’eau se transforment en marécages. D’ici vingt-cinq ans la mer d’Aral risque de disparaître, laissant place au plus grand désert du monde. Des centaines de milliers de personnes ont déjà dû fuir la région. Conséquence inattendue et imprévisible d’une exploitation intense des ressources halieutiques, cette catastrophe écologique sans précédent illustre donc la nécessité pour chaque pays d’intégrer les préoccupations environnementales dans ses stratégies de développement.


Afin de pallier la méconnaissance générale des mécanismes d’interactions entre productivisme et environnement, une équipe d’économistes et de scientifiques norvégiens élabore actuellement un nouveau système d’évaluation du progrès. Contrairement aux indices classiques comme par exemple le PNB cette nouvelle méthode rendra compte de la dégradation et de la consommation des ressources naturelles. Il s’agira de calculer avec précision les effets préjudiciables à la productivité future de la destruction du milieu naturel.
Le développement durable renvoie donc à une vision plus large du progrès et de la croissance : il s’agit de concilier deux temporalités : celle de l’économie (à court terme) et celle de l’environnement (à long terme.) Près de vingt ans après sa création ce concept est plus que jamais au cœur des préoccupations internationales!


par Sylvain Prigent

 

Retour à l'accueil