Vous reprendrez bien un peu de cancer ?


L'idéologie du "progrès" conduit-elle le monde vers un cancer généralisé ? Oui, répondent en cœur les auteurs de l'inquiétant essai La société cancérigène. Leur thèse : pour que l'industrie pharmaceutique continue à prospérer, il faut produire des métastases à la chaîne.

Faut-il changer le monde pour vaincre le cancer ? Dans un ouvrage paru cet hiver et intitulé La société cancérigène, c'est ce que se demande le médecin Geneviève Barbier et l'essayiste Armand Farrachi. Ils dressent un tableau implacable et terrible de la pseudo lutte contre ce qui est devenu notre première cause de mortalité. Cela ne semble pas près de changer puisque c'est notre société qui est aujourd'hui le vecteur principal de la maladie.

 « Cette société n'est même plus cancérigène, elle est cancérophile, écrivent les deux auteurs dans leur conclusion. La tumeur maligne est intégrée à son programme. » Abreuvés à longueur d'année de cancérigènes, sommes nous condamnés à cohabiter avec le crabe en se faisant pincer les fesses jusqu'à ce que la mort nous sépare ? C'est que le cancer est une maladie de civilisation. En 1950, John Higginson, épidémiologiste du cancer, estimait que 80 à 90% des cancers étaient provoqué par les facteurs environnementaux que sont le cadre de vie ou le travail.

Ces théories ne sont plus en vogue. Ont-elles été remises en cause de manière scientifique ? Absolument pas. Mais depuis les années 60, on nous affirme pourtant que le cancer frappait déjà à la préhistoire et qu'il n'a pas grand chose à voir avec notre société industrielle. Et ça marche, grâce à un discours scientifique qui « parvient à marginaliser les lanceurs d'alerte et à les faire passer pour des réfractaires au progrès, nostalgiques de la bougie ou du charbon. »


L'oncotest, c'est quoi ?


Ne remettant absolument pas en cause notre mode de vie ou le stress côtoie chaque jour les substances cancérigènes, la politique contre le cancer semble presque se résumer à deux actions : nous demander d'arrêter de fumer et faire confiance à la recherche pour trouver de nouveaux médicaments. Mais alors que la consommation de clopes diminue - entre 1953 et 2001, le nombre de fumeurs réguliers est passé chez les hommes de 72% à 32% -, les cancers du poumon augmentent toujours. Concernant les traitements, on ne voit rien de véritablement nouveau depuis plus de trente ans. Et on a déjà décrit ici la façon dont la France a traité le biologiste Mirko Beljanski qui avait mis au point des produits spécifiquement anti-cancéreux avant de finir interpellé par une escouade du GIGN.

Ce dernier avait d'ailleurs fait une grande découverte pour la lutte contre le cancer en inventant, dans les années 70, un petit test bio-chimique baptisé oncotest. Il permet de déterminer très rapidement si une substance est cancérigène, neutre ou anti-cancérigène. Quand Beljanski proposa l'utilisation de sa découverte, elle fut rejetée en raison de sa trop grande … efficacité. C'est que si ce test était effectué sur de très nombreux produits se trouvant au supermarché ou dans les pharmacies, nous serions obligés d'admettre que nous ingurgitons à longueur d'années des produits mortifères. Geneviève Barbier et Armand Farrachi annoncent d'ailleurs où se cachent ces cancérogènes contre qui personne ne lutte. Dans les pesticides, la dioxine, les additifs alimentaires, l'air et les sols, les rayonnements ionisant, les champs électromagnétiques… On a comme l'impression d'être cernés.


Les lourdes pertes de la guerre économique


Mais si des centaines de milliers de personnes meurent du cancer chaque année, très nombreux sont également ceux qui en vivent. Et « l'économie du cancer n'est pas une économie comme les autres, apprend-on dans le livre. Ici, le consommateur ne choisit pas son produit. » Pris en charge à 100% par la sécurité sociale, un « immense marché solvable » tend les mains aux laboratoires qui doivent, pour fourguer leur marchandise, séduire le seul interlocuteur décisionnaire en matière de soin, l'institution hospitalière.

Il faut croire que le client n'est pas difficile car malgré de piteux résultats et des découvertes quasi-inexistantes, les anticancéreux vendues par l'industrie pharmaceutique ont vu leur prix augmenter de 500% dans les dix dernières années. L'escalade n'est pas terminée car nous sommes entrés dans l'ère de la thérapie génique dont les défenseurs assurent qu'elle triomphera de la maladie. Elle n'a pourtant jusqu'à présent « ni guéri ni prévenu aucun cancer. En attendant, elle réussit à éblouir et à créer une attente sociale dont les médias s'emparent pour l'amplifier, contribuant ainsi à monopoliser sur l'ADN d'importants moyens financiers. Ces moyens ont pu capter sans débat public une grande partie des priorités de recherche.

Sous une apparence ultramoderne, ils répondent à des fantasmes archaïques : ils favorisent l'illusion d'une maîtrise sur la vie et la mort, renouvellent la croyance aux miracles et augmentent l'optimisme d'un public subjugué. » Arrêtons donc de nous soucier des cancérigènes puisque la thérapie génique promet une guérison certaine… En attendant, plutôt de d'essayer de limiter l'apparition de la maladie, on lui déroule le tapis rouge et on apprend à vivre avec, comme si c'était une fatalité. Pourtant, « les cent cinquante mille morts par cancer chaque année sont bien les pertes civiles de notre guerre économique, acceptés par tous mais supportés plus lourdement par quelques-uns, au nom d'un confort par ailleurs bien mal réparti. Comment croire encore à une croissance infinie, à un développement sans limite, à une conquête et à une expansion de marché qu'il faudra bientôt aller chercher sur d'autres planètes. » Décidément, pour notre santé comme pour celle de la terre, la décroissance s'impose.


(Technikart.com)

 

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