Du sang dans les téléphones portables?
 
LE MONDE | 14.12.07 |
 
Pour confectionner les minuscules circuits électroniques d'un téléphone portable, il faut un minerai rare, qu'on ne trouve qu'en Australie et au Congo, le coltan. Y a-t-il du sang dans nos portables ? C'est la question posée par Patrick Forestier dans l'enquête diffusée jeudi 13 décembre sur Canal+. Ce journaliste est allé voir comment le coltan était extrait au Sud-Kivu, une région située à l'est de la République du Congo (l'ex-Zaïre), voisine du Rwanda. Ce sont des adolescents, parfois des enfants, qui travaillent dans ces mines.

Certaines d'entre elles se trouvent dans des zones tenues par des milices rebelles ou d'anciens soldats rwandais ayant participé au génocide de 1994. Le coltan sert à financer ces groupes armés, qui combattent par intermittence l'armée congolaise et se livrent à des exactions sur la population. Ce minerai est ainsi responsable, chaque année, de la mort de plusieurs centaines de personnes. Patrick Forestier a pu pénétrer dans une enclave tenue par les anciens soldats rwandais, mais il n'a pu filmer l'exploitation minière. Il a été plus chanceux avec une mine restée aux mains des Congolais. De très jeunes gens manient le pic pour dégager des blocs qui sont ensuite effrités pour former une masse grisâtre, lavée plusieurs fois. A la fin, il ne reste que quelques petits cailloux extrêmement denses. Le coltan est ensuite transporté, à dos d'homme, jusqu'aux comptoirs, où il est vendu 70 euros le kilo.


L'aéroport de Bukavu, au Sud-Kivu, est une des plaques tournantes de ce commerce. Des appareils font la navette entre les pistes de brousse et Bukavu. Ce sont pour la plupart de vieux Antonov soviétiques. Ils apportent les produits de première nécessité et reviennent chargés de sacs de minerai. Les pilotes sont parfois obligés de repartir sans s'arrêter lorsqu'ils découvrent que la piste où ils ont atterri a changé de mains. A Bukavu, il n'y a pas de banque ni d'industrie. Mais on voit s'élever de grandes villas qu'on appelle des"maisons coltan" . Un prêtre, l'abbé Jean Bosco, répertorie les crimes engendrés par cette activité : enfants massacrés, viols, femmes enceintes éventrées. "C'est comme si le Seigneur, en nous donnant ces ressources, nous avait piégés", dit-il.

Dans le Nord-Kivu, le général Laurent Nkunda, en rébellion contre le pouvoir central, est à la tête d'une petite armée de 6000hommes. Il se présente comme le représentant de la minorité tutsie au Congo et vit lui aussi, malgré ses démentis, de l'exploitation des mines de coltan. En 2003, l'ONU avait publié un rapport dénonçant le financement des bandes armées par ce commerce et proclamé un embargo sur le coltan congolais. Peine perdue. Les négociants étrangers, surtout belges, continuent de s'approvisionner dans la région.

Dominique Dhombres

 

L'hygiène dans la Bible

Retour à l'accueil